Archive | Suoni Per Il Popolo Recordings

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Dialogue à propos de Marc Ribot

Mathieu: « Hey Marie-Ève, le concert de clôture du festival était Marc Ribot en solo, une proposition unique et excitante! Quelles étaient tes attentes?»

Marie-Ève: « Avec un guitariste de sa trempe, disons que mes attentes étaient élevées… Elles ont été en partie satisfaites, du moins pour le premier set. »

Mathieu:« Pour ma part, je connaissais le musicien des États-Unis surtout comme accompagnateur (Tom Waits, John Zorn) ou comme leader de projets collectifs. Je m’étais moi aussi imaginé qu’il nous livrerait une performance assez éclatée, à l’image de sa carrière prolifique. J’ai été surpris de le voir arriver sur scène avec une seule guitare acoustique et s’asseoir.»

Marie-Ève :« Mais quand même, rendons à César ce qui lui revient ! Ribot est résolument le king du picking. Le premier set était aussi solide que varié : des relents de blues, des passages à saveur manouche, des mélodies mélancoliques à la Ry Cooder, et même des clins d’oeil plus actuel. »

Mathieu: « C’est clair qu’il a tout un doigté et qu’il réussit presqu’à donner de l’amplification et de l’effet à une guitare sèche! Malheureusement, le deuxième set était presqu’une copie conforme du premier…»

C’est la fin de la onzième édition du Suoni, qui est vraiment rendu à maturité! Nous avons déjà hâte à l’an prochain!

Marie-Ève Lamy et Mathieu Francoeur

La maîtrise du chaos

C’est le trio Subtle Lip Can (Bernard Falaise à la guitare, Isaiah Ceccarelli aux percussions et Josh Zubot au violon) qui ouvrait cette soirée, sous le signe de l’expérimental, le 20 juin à la Sala Rosa. Une ambiance surréaliste régnait dans la salle, le trio nous offrant une musique digne d’une trame sonore d’un thriller de l’espace à la Alien. Ceccarelli a privilégié le frottement d’un archet sur les cymbales, Falaise son traditionnel jeu frénétique et Zubot les sons discordants du violon, comme une pièce jouée à l’envers. On a eu droit à des mélodies tout en retenue, des crescendos rapides et des climax totalement noise. Quelque chose de spatial donc, comme un Big Bang musical, mais également de caverneux : j’ai même cru entendre un monstre agonisant dans une grotte très, très profonde. À la fois lourd et aérien, Subtle Lip Can sont capables du plus brut et bruyant et du plus délicat et subtil.

Le légendaire Han Bennink (batterie) avait trouvé chaussure à son pied pour l’accompagner dans cette deuxième partie de parfaite improvisation : Terrie Ex à la guitare et Brodie West au saxophone. Bennink s’amusait comme un petit fou, donnant parfois l’impression d’être en transe. Malgré l’immensité du personnage, il a laissé toute la place à ses deux comparses, qui ne se sont pas gênés pour prendre le lead. Terrie Ex y est allé de son caractérisique ballant avant-arrière, privilégiant les rifs saccadés et les frottements ou battements de baguettes sur ses cordes. West nous a quant à lui démontré toute l’amplitude de son talent, passant avec aisance du plus mélodieux au plus tonitruant. Bennink était en feu, utilisant tout ce qui lui tombait sous la main, du frottement de serviettes sur les peaux au jeu de baguettes sur la scène. Un trio passé maître dans l’art de l’impro !

Marie-Eve Lamy

La maîtrise du chaos

C’est le trio Subtle Lip Can (Bernard Falaise à la guitare, Isaiah Ceccarelli aux percussions et Josh Zubot au violon) qui ouvrait cette soirée, sous le signe de l’expérimental, le 20 juin à la Sala Rosa. Une ambiance surréaliste régnait dans la salle, le trio nous offrant une musique digne d’une trame sonore d’un thriller de l’espace à la Alien. Ceccarelli a privilégié le frottement d’un archet sur les cymbales, Falaise son traditionnel jeu frénétique et Zubot les sons discordants du violon, comme une pièce jouée à l’envers. On a eu droit à des mélodies tout en retenue, des crescendos rapides et des climax totalement noise. Quelque chose de spatial donc, comme un Big Bang musical, mais également de caverneux : j’ai même cru entendre un monstre agonisant dans une grotte très, très profonde. À la fois lourd et aérien, Subtle Lip Can sont capables du plus brut et bruyant et du plus délicat et subtil.

Le légendaire Han Bennink (batterie) avait trouvé chaussure à son pied pour l’accompagner dans cette deuxième partie de parfaite improvisation : Terrie Ex à la guitare et Brodie West au saxophone. Bennink s’amusait comme un petit fou, donnant parfois l’impression d’être en transe. Malgré l’immensité du personnage, il a laissé toute la place à ses deux comparses, qui ne se sont pas gênés pour prendre le lead. Terrie Ex y est allé de son caractérisique ballant avant-arrière, privilégiant les rifs saccadés et les frottements ou battements de baguettes sur ses cordes. West nous a quant à lui démontré toute l’amplitude de son talent, passant avec aisance du plus mélodieux au plus tonitruant. Bennink était en feu, utilisant tout ce qui lui tombait sous la main, du frottement de serviettes sur les peaux au jeu de baguettes sur la scène. Un trio passé maître dans l’art de l’impro !

Marie-Eve Lamy

Un sextet exceptionnel de musique contemporaine

La dernière semaine du Suoni nous promettait une programmation de haut niveau du côté du free jazz. Mardi dernier, je n’ai vu que la deuxième partie du Trio 3, assez pour être très impressionné par leur puissante technique et leur délicate complicité (voir le compte-rendu de ma collègue Marie-Eve Lamy). Mercredi, j’ai aussi manqué le trio Bennink-West-Ex, mais je n’en ai entendu que de bons commentaires. J’étais donc impatient de voir le sextet de IG Henneman qui se présentait chez nous après une résidence de composition dans les montagnes de Banff. En première partie, nous avons eu droit à une prestation sentie mais un peu retenue du jeune quatuor montréalais de Brahja Waldman. La violoniste Henneman était très bien entourée par des musiciens et musiciennes que nous avons souvent vu ici dont la montréalaise Lori Freedman aux clarinettes, la torontoise Marilyn Lerner au piano et l’allemand Alex Dorner à la trompette. Le sextet était complété par deux autres instrumentistes néerlandais. Le concert, donné devant une assemblée clairsemée, a consisté en de courtes pièces écrites au cours desquelles chaque membre du sextet se mettait en évidence par un solo ou une ligne dominante. À la fois par la forme du sextet (trois cuivres, trois instruments à corde, pas de basse ni batterie) que par les sons explorés, nous avons assisté à une prestation de musique contemporaine et actuelle plutôt que de free jazz. Pour les amateurs, ce spectacle était un incontournable, la qualité du sextet étant exceptionnelle.
A noter qu’il y aura un autre concert de free jazz post-Suoni le 26 juin avec le Hexen Trio (qui inclut le spectaculaire bassiste Barry Guy).

Mathieu Francoeur, CIBL

Un sextet exceptionnel de musique contemporaine

La dernière semaine du Suoni nous promettait une programmation de haut niveau du côté du free jazz. Mardi dernier, je n’ai vu que la deuxième partie du Trio 3, assez pour être très impressionné par leur puissante technique et leur délicate complicité (voir le compte-rendu de ma collègue Marie-Eve Lamy). Mercredi, j’ai aussi manqué le trio Bennink-West-Ex, mais je n’en ai entendu que de bons commentaires. J’étais donc impatient de voir le sextet de IG Henneman qui se présentait chez nous après une résidence de composition dans les montagnes de Banff. En première partie, nous avons eu droit à une prestation sentie mais un peu retenue du jeune quatuor montréalais de Brahja Waldman. La violoniste Henneman était très bien entourée par des musiciens et musiciennes que nous avons souvent vu ici dont la montréalaise Lori Freedman aux clarinettes, la torontoise Marilyn Lerner au piano et l’allemand Alex Dorner à la trompette. Le sextet était complété par deux autres instrumentistes néerlandais. Le concert, donné devant une assemblée clairsemée, a consisté en de courtes pièces écrites au cours desquelles chaque membre du sextet se mettait en évidence par un solo ou une ligne dominante. À la fois par la forme du sextet (trois cuivres, trois instruments à corde, pas de basse ni batterie) que par les sons explorés, nous avons assisté à une prestation de musique contemporaine et actuelle plutôt que de free jazz. Pour les amateurs, ce spectacle était un incontournable, la qualité du sextet étant exceptionnelle.
A noter qu’il y aura un autre concert de free jazz post-Suoni le 26 juin avec le Hexen Trio (qui inclut le spectaculaire bassiste Barry Guy).

Mathieu Francoeur, CIBL

Trio 3 ou les intellectuels du jazz

Trois musiciens, trois mots qui résument le jeu de ces vétérans du free jazz : justesse, finesse et vivacité d’esprit. C’est à 21 h tapant que Oliver Lake (anches), Reggie Workman (basse) et Andrew Cyrille (batterie) son montés sur la scène de la Sala Rosa le 19 juin, avec une pièce au titre tout désigné : 9 O’Clock Here Tonight ! Ici, Cyrille est debout devant sa batterie, le dos tourné à la foule et frappant sur le devant de sa grosse caisse. Puis Lake s’y met et Workman suit, armé d’un archet. Après cinq bonnes minutes, Cyrille finit par prendre place derrière son instrument et le trio nous livre une longue pièce alternant entre le saccadé et le mélodieux. On pourrait qualifier le premier set de « mathématique » : tout y semble calculé, précis. La pièce la plus marquante pour moi : The Navigator. Elle débute avec une mélodie de Lake légèrement mélancolique, puis la basse se lance dans un roulement de vagues, pour finalement culminer par le déchaînement de la tempête. On entend même le bateau tanguer et craquer de partout !

Le deuxième set, au début duquel on a droit à un hommage bien senti de Workman à la vitalité de la scène musicale montréalaise, démarre sur les chapeaux de roues avec un très long morceau de free à son meilleur. Cyrille nous livrera d’ailleurs un puissant solo. La deuxième pièce est quant à elle plus actuelle, légèrement angoissante grâce au archet de Workman. La batterie y est à peine perceptible et Lake nous offrira son premiers solo digne de ce nom.

Tout au long de leur performance, on sent l’immense respect que les misiciens ont les uns pour les autres. Ils aiment prendre leur temps ; Trio 3 c’est aussi l’importance des silences. Ce sont de véritables intellectuels du jazz !

Marie-Eve Lamy

Trio 3 ou les intellectuels du jazz

Trois musiciens, trois mots qui résument le jeu de ces vétérans du free jazz : justesse, finesse et vivacité d’esprit. C’est à 21 h tapant que Oliver Lake (anches), Reggie Workman (basse) et Andrew Cyrille (batterie) son montés sur la scène de la Sala Rosa le 19 juin, avec une pièce au titre tout désigné : 9 O’Clock Here Tonight ! Ici, Cyrille est debout devant sa batterie, le dos tourné à la foule et frappant sur le devant de sa grosse caisse. Puis Lake s’y met et Workman suit, armé d’un archet. Après cinq bonnes minutes, Cyrille finit par prendre place derrière son instrument et le trio nous livre une longue pièce alternant entre le saccadé et le mélodieux. On pourrait qualifier le premier set de « mathématique » : tout y semble calculé, précis. La pièce la plus marquante pour moi : The Navigator. Elle débute avec une mélodie de Lake légèrement mélancolique, puis la basse se lance dans un roulement de vagues, pour finalement culminer par le déchaînement de la tempête. On entend même le bateau tanguer et craquer de partout !

Le deuxième set, au début duquel on a droit à un hommage bien senti de Workman à la vitalité de la scène musicale montréalaise, démarre sur les chapeaux de roues avec un très long morceau de free à son meilleur. Cyrille nous livrera d’ailleurs un puissant solo. La deuxième pièce est quant à elle plus actuelle, légèrement angoissante grâce au archet de Workman. La batterie y est à peine perceptible et Lake nous offrira son premiers solo digne de ce nom.

Tout au long de leur performance, on sent l’immense respect que les misiciens ont les uns pour les autres. Ils aiment prendre leur temps ; Trio 3 c’est aussi l’importance des silences. Ce sont de véritables intellectuels du jazz !

Marie-Eve Lamy